La bonne blague.

Publié le par Dragoun Lou

Série: CSI NY - Les Experts Manhattan

Couple: Jessica Angell / Don Flack

Histoire: Don reçoit la médaille du mérite des mains du maire de New York. Cette récompense pour service rendu est loin de lui faire plaisir.

Genre: Angst - Tout public

Statut : OS - Fini

*****


La bonne blague


Droit comme i et parfaitement immobile, je suis exposé comme un trophée, perché sur cette estrade. Prisonnier dans mon uniforme d’apparat : casquette vissée au crâne, gants blancs et godasses lustrées, il fallait que je me fasse aussi rutilant que la merdaille - oups ! - je voulais dire la médaille, que le maire va me passer autour du cou.

Fichu protocole pour cette vaste blague dégoulinante d’hypocrisie obscène.

Les flashs crépitent de tous côtés me mitraillant les rétines à m’en donner le vertige. Je suis le héros de New York que l’on doit immortaliser, pixelliser pour la postérité du moins jusqu’à 22 H 00. Moment béni où cette mascarade prendra fin, où journaleux et politicards, bien gavés de petits fours et de potins iront m’oublier le temps de leur digestion.

Assassin porté aux nues pour en avoir abattu un autre, je m’efforce de ne pas broncher d’un millimètre, complice de tout ce déballage. Cette pièce de métal en toc rattachée à un ruban bleu-blanc-rouge m’est attribuée en récompense de, je cite : « l’excellence de mon travail et mon assiduité qui ont permis de débarrasser la ville d’un des pires fléaux qu’elle ait connu. »

Si j’avais été aussi bon qu’ils le disent, il n’y aurait pas eu cinq morts mais un seul. Si j’avais été aussi bon, je n’aurais pas tué le meurtrier. Les familles méritaient qu’un procès ait lieu, elles méritaient de connaitre le pourquoi qui a transformé leur proche, en cible.

Et dire que dans quelques semaines, des livres seront publiés à la gloire de « l’écrabouilleur de Manhattan ». Peut-être, oseront-ils en faire un film. Si le Bien ennuie, le Mal fascine, quel réjouissant spectacle que la souffrance des autres.

Dans la mémoire collective, seul subsistera le Monstre. Mais des victimes ? Se souviendra-t-on seulement de leur place dans la liste macabre. Pas de nom, pas de vie, non juste un chiffre.

La numéro 3 s’appelait Maria Sandoval. Elle se levait toujours la première pour préparer le petit déjeuner de tout le monde parce qu’elle aimait voir les siens réunis à table avant de démarrer sa journée. Qui ça intéresse tout ça ? Personne.

Le maire achève son discours. Je n’en ai pas écouté un traitre mot. Les gants collent à mes mains moites.

Je m’avance pour recevoir mon prix. Qu’est-ce qu’il pèse ce bout de ferraille ou est-ce le poids de ma honte et de ma culpabilité ? Je tente d’occulter ce que me hurle ma conscience. Je dois rester concentré, sourire m’épuise. Un héros n’est pas sensé avoir de faille. Seul le résultat importe, inutile de s’attarder sur ce qu’il a coûté.

Heureusement Jess n'assiste pas à ma performance.

La cérémonie s’achève, enfin ! Le plus gros est fait. Je vais essayer de m’éclipser de ce maudit buffet. En temps normal, les mondanités : ce n’est déjà pas mon truc mais là, ça tourne au sordide. De les voir manger, boire, tout en débattant sur les détails des atrocités commises, c’en est trop.

Prétextant reprendre le service de bonne heure, je quitte la réception donnée en mon honneur sous leurs regards emplis d’une immonde gratitude.

Je rentre fourbu. Sitôt la porte close, j’arrache l’enclume qui pendouille sur mon torse, et retire les ors de ma tenue. Je les piétine poursuivant ma route. J’évolue dans le noir sans difficulté tant je suis familier des lieux.

Je me laisse tomber sur le canapé pour mieux me perdre dans la contemplation du dehors, sourd au monde, à la réalité.

Je n’ai aucune idée de l’heure ni du temps que j’ai passé assis là. Jess m’a tiré du néant. Son inquiétude à mon égard me touche. Sa patience et son soutien silencieux depuis les évènements me prouvent plus qu’une grande déclaration combien elle tient à moi. Mais cette nuit, pour elle comme pour moi ce n’est plus assez. Il faut que ça sorte sinon je vais exploser. Elle le sent aussi.

Elle a ramassé mes affaires et garde encore entre les doigts cette satanée décoration.

« N’y touche pas. »

Mon cri la fait sursauter.

« Don…
— S’il te plait, Jess. Jette-la, bazarde-la par la fenêtre, fais quelque chose mais je ne veux plus jamais la voir. Jamais.»

Elle comprend. Elle disparait quelques minutes puis revient s’agenouiller devant moi. Elle s’approche se redressant doucement. Elle finit par m’enlacer.
Le froid qui m’habite, s’estompe un peu.

« Je sais pas si je vais y arriver. »

J’ai murmuré si faiblement que je doute qu’elle m’ait entendu. Je me rends compte de mon erreur quand elle resserre son étreinte.

« Parle-moi, laisse-moi t’aider. »

Elle chuchote ses mots, prête à prendre en charge une partie de mon fardeau. Je me calfeutre plus fort dans le cocon de ses bras, mon nez niché dans son cou, humant son délicat parfum.

« C’était horrible, ils étaient tous là à me féliciter d’avoir… d’avoir tué. »

Il m’est si pénible de prononcer cette phrase. Elle n’exprime pas le tiers du quart de ce que je ressens.

En tant que flic, je suis entrainé à faire usage de mon arme. Je l’ai fait à de nombreuses reprises. Jusqu’à présent, je n’avais jamais pris une vie. Même si c’était de la légitime défense, même si cet homme était un fou sanguinaire, il n’en restait pas moins : un être humain.

Jess se décolle juste un peu. Elle pose ses mains sur mes joues pour m’obliger à, non seulement, relever la tête, mais à plonger mon regard dans le sien. Je ne l’ai pas fait depuis si longtemps.

De ses pouces, elle me masse tendrement, invitant mes larmes. Elles ne tardent pas à couler, libératrices.

« Je sais. »

C’est vrai, elle aussi est passée par là. Pour défendre son ancien coéquipier, elle avait tiré. Le braqueur avait succombé à ses blessures, deux jours après la fusillade. Je comprends à mon tour pourquoi elle n’a jamais voulu aborder le sujet. On ne peut pas le retranscrire avec des mots. Ca fait parti de ces choses qui ne s’expliquent pas, il faut les vivre.

Dans ses yeux, je lis de la compassion, de l’amour. Maintenant initié, je découvre aussi une fêlure, la même que la mienne. Le temps n’efface rien.

Je fonds sur ses lèvres et l’embrasse. Nos bouches s’épousent dans l’urgence du besoin de l’autre. Nos corps se pressent l’un contre l’autre, moi dans ses bras et elle entre mes cuisses ouvertes. Les deux moitiés d’un tout.

Quand l’air vient à nous manquer, on se sépare. Je prends ses mains dans les miennes et les replacent de chaque côté de mon visage. L’on se fixe à nouveau.

Je repense alors à tous ces gens dans le hall de la mairie, contents qu’il n’y ait pas eu de victime numéro six, vengés et rassurés. A la longue, je me laisserais convaincre par leurs arguments. Après tout, une pourriture de moins, la terre ne s’en portait que mieux. A la longue, grâce à elle, ma Jess chérie, j’apprendrai à vivre avec cette fêlure.

« Merci. »

Son soulagement est visible. J’ai stoppé ma chute.

Elle me rejoint sur le canapé. On s’allonge, position nettement plus confortable et tout aussi intime. Je nous recouvre d’un plaid. Calé contre elle, bercé par sa respiration, je m’endors.

FIN

Dragoun Lou
 

Publié dans Métier: flic

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Azalaïs 06/06/2010 13:07



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Dragoun Lou 06/06/2010 14:26



Bonjour,


merci pour l'accueil. J'ai de quoi lire. ^_-

D.L.