2128 à travers mes écrits, tu découvriras une partie de moi. Aussi, plus qu'une longue et fastidieuse présentation, je te souhaite simplement: "bonne lecture". Il s'agit de fanfiction et d'oeuvres originales. 


Si le coeur t'en dit, j'accepte toutes tes critiques, les mauvaises comme les bonnes, du moment que ton avis est argumenté car le respect dans une communauté va dans les deux sens.


Une Plume,
Dragoun Lou

 

 

Lundi 25 octobre 2010 1 25 /10 /Oct /2010 15:59

Ah les « riviou » tout un poème….

J’ai précédemment évoqué la review ou commentaire comme étant le lien par excellence entre l’auteur et son lectorat.
(voici le lien: Commentaire: quelle histoire....  )

Je dresse à présent un récapitulatif non exhaustif des différents types de review avec humour et ironie ainsi que des pistes quant à la réponse à leur donner.

Ne voyez donc point de moqueries ci-dessous, ni un quelconque palmarès.

Aux auteurs d’apprécier et d’évaluer la pertinence des commentaires qu’ils reçoivent.

- La riviou « Il y avait des soldes chez le fleuriste, du coup je t’en ai acheté 3 bouquets. »
Aucun superlatif / adjectif / onomatopée / mot n’est assez fort pour exprimer l’enthousiasme d’un lecteur pour une histoire.

« Excellent, génial, exceptionnel…
- J’aime, j’adore, I love ta fic, ça déchire… accompagné le plus souvent d’un sincèrement, franchement, honnêtement…
- Wow/wouah/wouaw dans toutes ses variantes orthographiques. 
Propos les plus récurrents sur ff.net»

L’ego ainsi flatté, les mirettes éblouies par tant de compliments, l’auteur savoure son succès et saute de joie comme une puce hystérique. Il peut aussi rester un peu sur sa faim...

Réponse possible : merci/ je suis content(e) que mon texte te plaise…
Ouverture au dialogue : merci pour tes compliments, qu’est-ce qui t’a le plus plu dans mon texte ?

- La riviou « J’en r’veux et je t'le fais savoir.»
Pressé, le lecteur prend quand même le temps de laisser un « vite la suite » témoignant de son intérêt pour l’histoire et de son impatience à connaitre, et bien la suiteuuhh.

Il arrive que des « vite la suite » viennent ponctuer des nouvelles ou one-shot (histoire avec un « unique chapitre » donc sans suite). L’on est alors en droit de se demander si le lecteur a effectivement lu l’histoire.

« vite la suite, vivement la suite, la suite please, la suiiiiite, Impatiente de voir la suite,
a+ au prochain numéro… 
Propos les plus récurrents sur ff.net»


Réponse possible: comme pour les rivious « il y avait des soldes chez le fleuriste, du coup je t’en ai acheté 3 bouquets. », à l’auteur de profiter de cette prise de contact pour instaurer un dialogue avec son lecteur/commentateur.

Invitation que peut ne pas saisir le lecteur. Son silence signifie une fin de non-recevoir : je veux la suite mais sans moi pour la causette.

- La riviou « ta recette est bonne mais je cuisine mieux. »
Sous couvert de félicitation, le commentateur cumulant la double casquette de lecteur et d’auteur pense judicieux de glisser un petit lien vers sa propre soupe.

- « chouette fic, je fais le même thème que toi mais j’ai pas dit pareil, viens voir...Exemple inventé
- Les personnages sont totalement OCC mais cela ne pose pas vraiment de problème. Moi même, j'écris une fic où j'ai changé le caractère de certains personnages… review péchée dans le fandom Harry Potter sur ff.net »

Réponse politquement correcte : merci pour ta review…
Réponse moins diplomate: ton commentaire est-il destiné à mon histoire ou à faire la promotion de la tienne ? Ta démarche est pitoyable / idiote / d’un sans gène.., tu sais quoi, j’irai pas te lire.


- La riviou « Backdraft ou retour de flamme »
Un auteur-lecteur a laissé une review généralement mitigée quant à son ressenti sur une histoire. L’auteur de ladite histoire commentée, blessé de l’accueil tiède de son texte, va alors le faire savoir par un retour cassant.

« Tu critiques ma fic mais tu fais guère mieux. En toute honnêteté, je préfère la mienne. Exemple inventé, sujet sensible.»

Réponse possible : Je suis navré(e) que tu aies mal pris mes remarques, mon but n’était pas de  te  blesser. Ca t’a réconforté de venir te venger sur mon histoire ?
Réponse moins diplomate: Ta réaction puérile/idiote me prouve que j’avais raison. Ton histoire est mauvaise/moyenne/médiocre. Refuser les  critiques, c’est refuser d’évoluer, de s’améliorer, reste donc là à croupir dans ta nullité.

Il faut éviter autant que possible de partir au quart de tour. La surenchère dans l’insulte et le lynchage par review interposée n’apporte rien de bon et peut même faire fuir les autres lecteurs, potentiellement commentateurs.

- La riviou « faites ce que je dis, pas ce que je fais. »
Ce type de review est réservé aux chevaliers de la langue française. Ils sont actifs sur la toile traquant sans relâche les entorses à l’orthographe, la grammaire et la conjugaison. Noble tâche ! Là où ça se complique c’est quand ces chevaliers font part de leur campagne en commentaire.

Dénoncer l’orthographe approximative d’un texte dans une review en faisant plein de fautes, ça n’a rien de crédible. ( Je tiens à préciser que cela ne concerne qu’une minorité de ces chevaliers)

« Ton histoire est nulle. L'idée aurait pue être bonne, mais tu es mauvaise.
C'est mal écrit, l'histoire est trop rapide (tu penses vraiment que Naruto va dire qu'il a Kyuubi à une inconnue? Réfléchis, bon sang!)
Tu as deux commentaires, en contant le mien, et ils sont tous les deux très clairs : tu écris mal. Donc, soit tu reprends ton histoire et tu l'améliore, ce qui sera beaucoup de travail, j'en consens, soit... je ne sais pas, mais trouve quelque chose.
J'ai lu quelques lignes et c'est un carnage. Les fautes et tout
Review péchée dans le fandom Naruto sur ff.net.»

- La riviou « Promotion au rayon napalm, 2 litres achetés, 20 litres offerts »
Certains commentateurs déversent haine et injure. Pourquoi cette gratuité de l’insulte ? Mystère.
Quoiqu’il en soit, il ne sert à rien de répondre à la provocation. Il vaut mieux jouer la carte de l’humour.

Réponse possible: Tu sais quoi ? On nous donne gratis des combinaisons ignifugées en postant sur ce site. Alors tes flammes….

Cela dit, dans la grande majorité des cas, ces personnes profèrent leurs insultes bien planquées derrière leur anonymat. J'entends par là que l'auteur n'a pas la possibilité de les contacter puisqu'elles n'ont laissé aucune adresse mail, juste un pseudo.

Pour manifester leur colère, certains auteurs publient entre deux chapitres, des notes au contenu assez maladroit et à l'impact désasterux vis-à-vis de l'ensemble de son lectorat. Bien souvent, ils se posent en victime, insutlent à leur tour le commentateur indélicat et prennent à partie l'ensemble de leurs lecteurs en menaçant de tout supprimer.  
 
- La riviou « on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même »
La tentation peut saisir un auteur en mal de review de s’en adresser une ou deux en incognito, avec le secret espoir de lancer son histoire.

Il est temps de prendre du recul et de relativiser, est-ce vraiment un drame, si mon histoire a 0 review au compteur ?

- La riviou «  je vais à la pêche aux news »
Le lecteur impliqué dans l’histoire va donc émettre des conjectures sur la suite qu’il attend avec impatience.
Ces questions sont un outil précieux pour l’auteur. Il peut ainsi se rendre compte si son intrigue tient la route.

Réponse possible: ne jamais répondre oui à l’une de ses questions si le lecteur a visé juste. Rester évasif ne fera que titiller davantage sa curiosité. S’il tape à côté, ne lui donnez pas la réponse.

Bref sachez ménager votre suspens.

- La reviou « dissection à la loupe et au scalpel »
Le lecteur ne commente plus, il analyse en bien ou en mal l’histoire. L’interprétation qu’il en fait peut entrainer une remise en question chez l’auteur et une prise de conscience qu’à publier son histoire, celle-ci ne lui appartient plus en totalité.

L’auteur doit prendre suffisamment de recul pour bien comprendre les remarques qui lui sont ainsi faites sans se braquer ni s’écraser. La réponse qu’il devra faire n’est pas chose facile. Y aller point par point, objection par objection est la meilleure solution.

Voilà ma liste toutche à sa fin.

Quel que soit le type de review reçu, une réponse est de rigueur. Si le lecteur a pris de son temps pour écrire un commentaire, l'auteur, par respect, se doit de lui répondre.

Il n’y a ni de bonne ni de mauvaise réponse, simplement, il faut éviter certains pièges :
- en cas d'insultes, surenchérir à la provocation : ça ne mène à rien de bon.

- en cas de critiques négatives, éviter l’argument qui n’en est pas un : 
 " si tu n’aimes pas, ne commente pas, 
facile de critiquer quand on ne sait pas ce que c’est que d’écrire. Propos récurrents sur ff.net »
Cela sous-entend qu’il faut être auteur pour pouvoir prétendre commenter d’autres textes. Ce qui est faux, quand vous discutez d’un film après la séance de cinéma, vous partagez vos ressentis, vous n’êtes pas pour autant réalisateur…

Si vous désirez partager certains de vos commentaires, n’hésitez-pas.

Dragoun Lou


Par Dragoun Lou - Publié dans : univers de la fanfiction - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Dimanche 24 octobre 2010 7 24 /10 /Oct /2010 14:59

Raie-Bus

Histoire: il est question de la vie d'un couple à un moment charnière, celui d'un anniversaire, celui d'un premier bilan.

 

 Note de l'auteure : Raie-bus est un OS Fluff, guimauve bref, c'est tout gentillet. Vous êtes prévenu(e)s.
Il s'agit également d'un couple gay.

 

Bonne lecture

 

XXXX

Raie - Bus

 

Le JT en sourdine, deux hommes discutaient tranquillement autour de leur dîner. Bien qu'ils travaillent ensemble, ils aimaient le soir venu partager leurs impressions sur leur journée à la boutique. Jouissant d'une excellente réputation, leur petite entreprise de brocante marchait de mieux en mieux.

 

David avait l'art de dénicher les bonnes affaires et la tchatche pour marchander au meilleur prix. Bricoleur chevronné, il donnait une seconde vie aux objets abimés leur rendant lustre et potentiel. Il partait le lendemain écumer les vide-greniers de la région afin de renouveler leur stock. Son sac bouclé attendait à l'entrée.

 

Romain, son compagnon, s'occupait de les vendre en plus de la paperasse.

 

« Tu m'écoutes pas, râla faussement David.
— Désolé, je réfléchissais.
— J'avais remarqué, figure-toi ! Qu'est-ce qui te tracasse ? lui demanda-t-il, un petit sourire en coin tout sauf innocent. »

 

Ils ne craignaient pas la séparation prochaine. Ils en avaient l'habitude. S'ils adoraient passés leur temps côte à côte, ces courtes périodes loin l'un de l'autre participaient à la sérénité de leur couple comme une bouffée d'oxygène salvatrice. Romain observait son amant suspicieusement quand il eut le déclic, celui-ci tramait quelque chose.

 

« Je m'en doutais, déclara-t-il. Qu'est-ce que tu me caches ?
— Moi ! Mais rien, je t'assure. »

 

David affichait sa tête de winner. Qu'avait-il donc encore manigancé ? Vu son air plus que content de lui-même, ce qu'il mijotait, s'annonçait grandiose.

 

Bizarrement, cela ne rassurait pas Romain. Son mec avait toujours eu des idées pour le moins originales. Depuis leurs dernières vacances, il s'en méfiait encore plus. David lui avait promis une croisière. Il s'était attendu à faire le tour d'îles paradisiaques rêvant de plages immenses et de baignades coquines. Grave erreur. Sa quinzaine à lézarder au soleil s'était transformée en trois semaines à griller, oui, mais sous la morsure du froid. Jouer les touristes en Moon Boots, anorak et moufles dans le cercle polaire, franchement il l'avait péché où cette trouvaille ? Ce con - parce que dans ces cas là, c'était un con - lui avait avoué, la bouche en cœur qu'il préférait voir évoluer de vraies baleines plutôt que de subir des cachalots échoués par dizaines sur des bans de sable surpeuplés. Sur le coup, Romain avait eu envie de lui faire bouffer ses foutus billets. Et puis... il avait fini par céder. Ce n'était pas comme s'il pouvait lui refuser quoique ce soit de toute façon.

 

Leur remake du « Grand bleu » version fjords, icebergs et cétacés s'était au final très bien déroulé, mis à part que leurs bouche à bouche d'habitude si sensuels avaient quelque peu perdus en intensité et en fréquence du fait de lèvres gercées. Il n'y avait pas pire « tue-l'amour » que de voir David se les tartiner de Labello. Pour ne rien arranger, ce truc avait un goût dégueulasse.

 

Romain se secoua, ce n'était pas le moment pour la minute de nostalgie.

 

« J'ai horreur que tu fasses ça, David. Tu le sais.
— Oh, ça oui ! Et il rigola. Une fois calmé, il ajouta perfide, ne t'inquiète pas. Tu vas aimer, je te le promets. Je ne saboterais pas notre anniversaire. »

 

Romain soupira exagérément.

 

« T'as intérêt, conclut-il pour la forme. »

 

Il le connaissait, ça ne servirait à rien qu'il insiste. La réciproque était tout aussi vraie, David titillait merveilleusement bien sa curiosité. Il crevait d'envie de l'avoir sa surprise même s'il la craignait ou justement à cause de ça. Le mois prochain, ils fêteraient leurs dix ans de couple. Déjà dix ans.

 

Ils poursuivirent leur conversation empreinte de taquineries et de légèreté, heureux de leur sort en êtres accomplis et amoureux.

 

Le bulletin météo prévoyait un temps radieux pour les jours à venir, idéal pour prendre la route. Ils éteignirent la télévision et gagnèrent leur chambre. Le câlin du départ était sacré.

 

XXXX

 

5 H 00, le réveil claironna arrachant au sommeil le couple enlacé. David se leva sitôt la sonnerie coupée pour se rendre directement à la salle de bain. Pas aussi alerte que son chéri au saut du lit, Romain papillonna des yeux. Quand il parvint à les garder bien ouverts, il se redressa. Le bruit de la douche s'arrêta, le poussant à s'extraire de la tiédeur de sa couette. Il enfila un boxeur et s'emmitoufla dans sa robe de chambre. Rendu à la cuisine, il prépara le café.

 

David, frais et habillé, le rejoignit quelques minutes après. Il but la tasse servie à son intention, grignotant, entre deux gorgées, un petit bout de brioche, sans appétit. Son estomac était plus long à se mettre en marche que le reste de sa personne. Aucune parole. Dans une coordination parfaite, ressentir la présence de l'autre leur suffisait.

 

Sur le pas de la porte, Romain assista au chargement de l'utilitaire. Le sac de voyage et l'ordinateur portable à l'abri dans sa house semblaient perdus dans le vide du grand coffre.

 

David les arrima à l'une des parois afin d'éviter qu'ils ne valdinguent sous les chaos de la circulation. L'opération achevée, il revint pour embrasser son homme, ultime échange avant la séparation. Même s'ils étaient coutumiers de ces aurevoirs temporaires, il y avait des fois plus dures que d'autres, comme ce jour là. Etait-ce à cause de la fameuse surprise ? De l'approche de leur anniversaire ? Probablement un peu des deux.

 

« Fais attention, lui dit Romain accroché à son cou. »

 

Outre les dangers de la route, sourdait en lui la peur que David ne se fasse attaquer. Dans la brocante, le cash était de rigueur, aussi partait-il avec une importante somme en liquide. Sans être bagarreur, il n'était pas du genre à se laisser marcher dessus. S'il y était contraint, il se défendrait quitte à risquer sa vie.

 

« Comme toujours, entendit-il murmurer à son oreille. »

 

A ces mots, Romain refoula son scénario catastrophe dans les tréfonds de son alarmante imagination. Il préféra profiter un dernier instant de la réconfortante chaleur du corps pressé contre le sien. Ils finirent par se détacher, l'heure du départ sonnait.

 

« A dans quinze jours mon mignon, lâcha David en montant dans le véhicule. »

 

Ledit mignon sourit à cette promesse. Il ne se décida à rentrer que quand il ne perçut plus le ronronnement du moteur déjà loin. Un rituel auquel il ne dérogeait jamais. Il ne se l'expliquait pas lui-même mais il savait que s'il ne le faisait pas, il ne se sentirait pas tranquille jusqu'à ce qu'il revienne.

 

 Malgré l'heure matinale, il ne se recoucha pas. Il s'attela à finir de débarrasser la table laissée en plan la veille, trop pressés qu'ils étaient de s'aimer.

 

Un coup de fil de David en milieu de matinée lui apprit qu'il était arrivé à destination sans encombre. Rassuré, le travail le rattrapa, mobilisant son énergie et sa concentration.

 

Quand il revint chez eux en fin d'après-midi, Romain récupéra le courrier. Désormais seul, il combla le silence en allumant la radio tout en passant en revue ce que le facteur avait distribué. Entre deux factures, une enveloppe attira son attention. Cramoisie et rectangulaire, elle ordonnait de par sa singularité, de l'ouvrir pour en lire son contenu toutes affaires cessantes.

 

Reconnaissant l'écriture de l'adresse, son cœur s'accéléra. Il préféra s'assoir. Les mains tremblantes d'émotion, il décacheta la lettre, dépliant soigneusement la missive. Une succession de petits dessins couvrait la page. Romain comprit. C'était du David tout craché : lui envoyer un rébus géant, se débrouillant pour qu'il le reçoive pile le premier jour de son absence.

 

Une vague de souvenirs l'envahit. Aussi farfelus que cela puisse paraître, David et lui s'étaient apprivoisés autour d'énigmes, de charades et de rébus. L'amitié avaient fait place à l'amour comme une évidence à mesure qu'ils grandissaient. Jamais personne ne s'étaient immiscés entre eux, chacun étant le premier et l'unique de l'autre.

 

Tout ce mystère avec ces pictogrammes, le soin que son amant avait mis pour les dessiner, lui prouvaient que le cap des dix ans ne serait pas une épreuve dans leur vie de couple. A l'aube de ce bilan, Romain savourait sa chance. A 26 ans, il était un homme comblé.

 

Fort de cette certitude, il releva le défi avec enthousiasme. S'il voulait son cadeau, il devrait se creuser les méninges pour l'avoir. Il n'en aurait que plus de valeur.

 

XXXX

 

David remplissait son utilitaire d'un impressionnant bric-à-brac. Content de ses emplettes, il photographiait chaque pièce et s'empressait, pendant que c'était encore frais dans sa mémoire, de taper sur son ordinateur les anecdotes les concernant. Il envoyait ces informations à Romain qui les mettait au propre sous forme de fiches pense-bête.

 

Dénués d'âmes, les objets n'en avaient pas moins un passé. Leur clientèle cherchait à acquérir ce vécu. L'authenticité des arguments à l'appui de celle de l'article assurait le succès de la vente et la renommée de leur boutique.

 

Plusieurs fois, David avait eu son homme au téléphone. Pour le travail, ils discutaient de certaines de ses trouvailles qu'il hésitait à acquérir car trop onéreuses ou tout simplement trop à son goût. Sa passion prenait par moment le dessus sur sa raison, Romain l'aidait à garder pied dans la réalité du marché.

 

Une chose l'ennuyait, jamais sa lettre n'avait été évoquée.

 

Son amant s'amusait-il à ses dépends ? Misère ! Et s'il ne l'avait pas reçu ? Tant de conjectures et si peu d'indices… Il se sentait comme l'arroseur arrosé en lançant un jeu dont il ne lui appartenait pas de fixer les règles. Contrairement aux apparences, ce n'était pas lui le plus joueur des deux. L'énigme planait désormais sur lui aussi, d'autant plus qu'il avait pris un risque. Respectant ce silence, son excitation croissait à mesure que l'attente touchait à son terme, pareil à un gosse intenable au soir du 24 décembre. Demain, il rentrait, espérant fêter Noël avant l'heure.

 

De son côté, Romain, n'avait pas vu filer ces quinze jours. A croire que le monde entier ou presque s'était donné le mot pour le déranger toutes les cinq minutes. Dés qu'il avait un instant à lui, il tentait de déchiffrer son rébus.

 

Il avait un peu perdu l'habitude, mais il en voyait le bout. Icône après icône, il décryptait les syllabes, les syllabes devenant des mots, et les mots formant des phrases.

 

« Tue-c-du-plus-l'-ouin-queue-jeux-meuh-sous-vie-N-deux-puits-le-bas-kaa-sable-allah-craie-…-…-banc
deux-la-fa-k',-tue-at/arobase, jour-été-la, ame-haie-co-thé.Notre-œuf-petit-tente-r'-œufs-prix-z—deux-broc-caen-t'-eau-…-œufs-bille-
un-haie-notre-œuf-cou-p'-le-s-eau-lit-d'….-toux-haie-poux-r'-mouche-jeux-an-plus. Plus-deux-toit-an- cor-haie-toux-jour. Jeux-cœur-mouche-jeux. Jeux-t'-œuf-lait-dix-an-faon,-a-do-laisse-an-M-un-t'œuf-n'an-a-du-l'-t-œuf. Jeux-cœur. Poux-r-nos-dix-zan-deux-cou-p'-le, soie-mi-un-eau-…-œuf-du-mon-d'-vœux-tue-t-œuf-pas-X-haie-ave-k'-mois »

 

Enfin... il lui restait encore quelques blancs et beaucoup d'œufs. Heureusement, qu'il les avait reconnus sinon, il aurait été mal barré pour comprendre l'ensemble.

 

En lisant à haute voix, il avait déduit ce qui lui manquait, la mouche devenant le taon, le cœur un : je t'aime. L'accélération de sa respiration, un coup de transpiration et l'œil humide, il réalisa ce qu'il tenait entre ses mains.

 

« Tu sais, du plus loin que je me souvienne, depuis le bac à sable à la crèche jusqu'aux bancs de la fac, tu as toujours été là, à mes côtés. Notre petite entreprise de brocante marche bien et notre couple est solide. J'ai tout et pourtant je veux plus. Plus de toi, encore et toujours.
Je t'aime tant, je te l'ai dit enfant, adolescent et maintenant adulte.
Je t'aime.
Pour nos dix ans de couple, sois mien aux yeux du monde, veux-tu te pacser avec moi. »

 

David le demandait…en mariage. Il n'en revenait pas, il était même à mille lieues de penser à ça en commençant sa traduction. Il connaissait pertinemment son aversion pour cette mascarade. L'exemple désastreux de ses parents en était la principale cause. Eux qui s'étaient promis de s'aimer à la vie à la mort, en furent réduit à se disputer jusqu'aux petites cuillères lors du divorce. Cet idiot n'ignorait pas cette blessure. Combien de fois l'avait-il ramassé à la petite cuillère justement pendant cette terrible épreuve ? Alors pourquoi maintenant ?

 

Il ruminait cette question depuis des jours sans parvenir à comprendre ni à se décider. Un vrombissement dans l'allée l'avertit que David arrivait. Il était nerveux.

 

« Je suis rentré. »

 

Le voyageur se rendit au salon. Romain le fixait sans bouger. Cette réaction lui prouva que le message qu'il avait laissé, était bien passé. Avait-il fait une erreur ?

 

« Pourquoi ? »

 

Romain ne pouvait rien articuler d'autre, résistant avec peine à l'envie qui le tenaillait de se jeter dans ses bras pour s'enivrer de lui.

 

« Parce que je t'aime. Parce qu'avec cette bague que je rêve de te passer au doigt, je veux que les autres comprennent que tu es à moi, et rien qu'à moi. Parce qu'on fera en sorte que ça marche et qu'on ne finira pas comme tes vieux. Je ne leur pardonnerai jamais le mal qu'ils t'ont fait. »

 

Le silence suivit cette déclaration. David s'avança et s'agenouilla devant son chéri.

 

« Si tu ne veux pas, je comprendrai. J'attendrai que tu sois prêt. »

 

Romain étudia toutes les émotions qui transparaissaient sur le visage de son amoureux et ses paroles trouvaient écho en lui. Tant de possessivité, dieu que ça lui plaisait. Et cette porte de sortie qu'il lui offrait pour le ménager. Il ne croyait pas au mariage ni aujourd'hui ni demain mais il avait foi en lui, en eux. Il sut alors ce qu'il devait faire.

 

« D'accord.
— D'accord, quoi ? »

 

Le sourire tendre de Romain lui parla davantage que ce laconique « d'accord ». Il acceptait de s'unir à lui. Fou de joie, il ravit ses lèvres puis son corps, célébrant ensemble ce futur scellé pour deux.

FIN

Pour celles et ceux qui aiment les rébus, suivez le lien ci-dessous pour découvrir: la fameuse lettre.

rébus

 

Dragoun Lou

Par Dragoun Lou - Publié dans : one-shot - original - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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